Il y a cinquante ans, l'avion des "Busby Babes" s'écrassait à Munich. Depuis, Manchester United entretient la légende.
A l'extrémite de la tribune sud d'Old Trafford, une horloge rappelle la tragédie. Elle s'est arrêtée au 6 février 1958 à 7 heures et on se demande bien pourquoi. Ce n'est en effet que huit heure plus tard, à 15h 30, heure locale, que l'Elizabethan, un bimoteur de la compagnie British European Airways (BEA), s'est écrasé en bout de piste de l'aéroport de Munich. Il transportait la délégation de Manchester United, de retour de Belgrade et d'une qualification, aux dépends de l'Etoile Rouge (3-3, après le 2-1 de l'aller en Angleterre), pour les demi-finales de la Coupe d'Europe des Clubs Champions.
Porté par l'aura d'un manager de légende, Matt Busby, Manchester United, alors double champion d'Angleterre en titre, est destiné à contster la suprématie continentale du Real Madrid, avec une génération exceptionnelle de jeunes joueurs, les "Busby Babes" (les petits de Busby). L'équipe à 22 ans de moyenne d'âge et son tout dernier match avant Belgrade - une victoire 5-4 contre Arsenal à Highbury - reste l'un des plus formidables de l'histoire du football anglais.
L'Elizabethan s'est posé en Bavière pour refaire le plein de kérosène. Il neige beacoup. Les deux premières tentativesde décollage ont été manquées. La troisième sera fatale. "Dans l'avion, personne n'avait peur. Comment imaginer que le pilote pouvait prendre le moindre risque avec sa propre vie?", témoigna Frank Taylor, du News Chronicle, seul survivant des neuf journalistes à bord, dans son livre The Day a Team Died (le jour où une équipe est morte). Le jour, aussi, où est née la légende d'un très grand club. Parmi les 23 victimes, on rescense trois membres du staff technique et huit joueurs: Geoff Bent, Eddie Colman, Mark Jones, David Pegg, Liam Whelan et trois internationaux qui se préparent à jouer la Coupe du Monde en Suède, l'extraordinaire Duncan Edwards, joyau des "Busby Babes", Tommy Taylor et Roger Byrne. "Avec eux, nous aurions été champions du monde en 1958", a toujours prétendu Walter Winterbottom, le sélectionneur de l'époque.
Le maillot de 1958 pour le derby de dimanche !
Sir Alexander Matthew Busby est, quant à lui, conduit à l'hôpital Rechts Der Isar de Munich dans un état très critique. Les médecins ne lui accordent que très peu de chances de survie. Pourtant, c'est ... d'un cancer qu'il décèdera en janvier 1994, à l'âge de 84 ans.
Il entretiendra le mythe en commémorant, en 1968, le dixième anniversaire de Muncih par le premier titre européen de Manchester United, à la tête d'une équipe alignant trois ballons d'or: Dennis Law, George Best et Bobby Charlton, ce dernier miraculeux rescapé du crash, à 20 ans. La douleur a sublimé Manchester United. Outre la splendide finale de 1968 à Wembley (4-1 contre le Bnefica), 26 ans autres trophée couronneront l'après-Munich, dont onze titrers de champions d'Angleterre, neuf Cups et le fameux triplé de 1999 (Ligue des Champions, Championnat, Coupe d'Angleterre). Matt Busby s'est définitivement retiré du banc en 1971, après un quart de siècle de règne, mais il n'a eu que cinq successeurs, un record de stabilité. Il n'mpêche: Sir Alex Ferguson, en poste depuis 22 ans, n'a toujours pas égalé sa longévité.
"Un joueur de Manchester United porte en lui la mémoire du club, de sa gloire et encore plus de sa tragédie et cela l'oblige à se transcender", dit Gary Neville, le capitaine actuel, le plus mancunian de tous les mancuniens.
Blessé à la cheville, Gary Neville sera dans les tribunes d'Old Trafford, dimanche (14h 30, heure française) pour le derby contre Manchester City. On imagine l'émotion qui envahira Bobby Charlton lors de la minute de silence programmée avant le coup d'envoi d'un match que les Red Devils disputeront avec la réplique du maillot de 1958, sans numéro, sans nom dans le dos, sans sponsor.
Le rival local s'associera à la cérémonis en portant un crêpe noir à la place du logo de son équipementier. Ses dirigeants appréhendent cependant les réactions des plus radicaux de leurs supporters, dont certains ont annoncé leur intention d'aller "fêter le jubilé" de 1958. Ils ont donc mis en garde les 3000 détenteurs de billets accordés à City: La moindre démonstration d'indécense sera sanctionnée d'une interdiction de stade à vie! A Manchester, on ne plaisante pas avec "le jour le plus triste de l'histoire de la ville et du football anglais", selon Bobby Charlton.